“ Un quota ne suffit pas ” – favoriser la participation des femmes à la vie politique au Burundi
Depuis des années, le NIMD Burundi œuvre au renforcement du leadership politique des femmes. Nous avons discuté avec l'équipe de la situation actuelle, des obstacles structurels qui persistent et des mesures nécessaires pour instaurer un changement durable.
La représentation des femmes au sein des instances élues du Burundi a considérablement augmenté ces dernières années. Quelle est la situation aujourd’hui ?
Les élections de 2025 ont marqué une réelle avancée au Burundi, où les femmes occupent désormais 46% des sièges au Sénat, près de 39% à l'Assemblée nationale et 32% des sièges au sein des conseils municipaux. Ces chiffres sont tous en hausse par rapport aux élections de 2020.
Le quota constitutionnel de 30% prévu au Burundi pour les organes élus, mis en œuvre en 2018, a clairement contribué à ces progrès. Mais la situation est inégale. Parmi les responsables communautaires, les chefs de village et les conseils de village, la représentation des femmes reste particulièrement faible, tout comme pour les postes politiques et techniques non élus, qui ne relèvent absolument pas du champ d’application de ce quota. Ainsi, si les chiffres au sommet sont encourageants, le problème structurel est plus profond.
Quels sont les principaux obstacles qui freinent les femmes ?
Ces obstacles peuvent être classés en trois grandes catégories : culturels, économiques et politiques.
Sur le plan culturel, la société burundaise reste profondément patriarcale. Les fonctions politiques et économiques sont largement considérées comme l'apanage des hommes, tandis qu'on attend d'une femme qu'elle remplisse son rôle social en s'occupant de son foyer. Une femme qui se lance dans la politique est donc encore souvent perçue comme négligeant son foyer, une stigmatisation qui a un véritable effet dissuasif sur de nombreuses femmes et les empêche de franchir le pas.
Des obstacles économiques persistent : par exemple, le droit coutumier empêche les femmes d’hériter de terres, ce qui limite leur indépendance financière et leur capacité à financer elles-mêmes une campagne politique. Les hommes burundais ne sont pas confrontés à cette même contrainte.
Sur le plan politique, même les femmes qui parviennent à se faire élire subissent des pressions pour suivre la ligne de leur parti plutôt que de défendre les intérêts de leurs pairs. En l’absence de réseaux de solidarité officiels ou de structures de mentorat, les femmes élues peuvent se retrouver isolées et incapables de faire avancer un programme commun. Le NIMD organise de nombreuses activités pour remédier à ce problème, notamment :
- Débats politiques sur le quota de 30% réservé aux femmes ;
- Discussions informelles autour d'un café sur le leadership politique des femmes et la démocratie inclusive ;
- Création d'une plateforme pour les femmes et soutien à cette plateforme afin qu'elle puisse remplir sa mission.
Qu'est-ce qui ferait vraiment la différence ?
Plusieurs mesures doivent être prises en parallèle. L'autonomisation économique est fondamentale : tant que les femmes dépendront des hommes ou des structures des partis pour financer leur engagement politique, elles resteront vulnérables. L'extension du quota aux élections locales et aux postes techniques permettrait de combler l'un des plus grands écarts qui subsistent. Il faut également mettre en place un accompagnement politique structuré et continu, permettant aux femmes dirigeantes expérimentées de transmettre leur savoir à la génération suivante.
Parallèlement à tout cela, les normes sociales doivent évoluer. Pour cela, il faut collaborer avec des personnalités locales influentes afin de remettre publiquement en cause l'idée selon laquelle la présence d'une femme en politique serait inacceptable.

Quelles mesures le NIMD Burundi met-il en œuvre pour relever ces défis ?
L'action du NIMD au Burundi s'attaque directement à ces obstacles, dans trois domaines.
En matière de normes, nous organisons des conférences-débats qui rassemblent des acteurs politiques et des personnalités locales afin de faire valoir que le leadership politique des femmes est un bien démocratique — et non une concession —, et nous nous efforçons de mobiliser des voix locales respectées pour normaliser publiquement la présence des femmes en politique.
En matière d'autonomisation économique, nous aidons les femmes engagées en politique à créer des coopératives multipartites — des structures qui favorisent la cohésion sociale au-delà des clivages politiques tout en offrant aux femmes une plus grande indépendance financière.
En matière de plaidoyer et de renforcement des capacités, une conférence-débat organisée en août 2025 a mis en lumière l’absence de quotas lors des élections locales et ses implications pour la représentation des femmes au niveau local. Nous avons également organisé des sessions de formation à l’intention des partis politiques, axées sur une démocratie interne inclusive et sensible à la dimension de genre. Plus récemment, en juin 2026, nous avons organisé une conférence sur le mentorat politique, appelant les femmes dirigeantes à investir dans la prochaine génération et à construire des coalitions interpartis capables de faire avancer un programme commun au-delà des cycles électoraux individuels.

Se faire élire est une chose, mais rester en politique en est une autre. Que faut-il aux femmes pour conserver leur place au pouvoir ?
C’est là que la plupart des programmes des organisations axées sur la participation politique des femmes présentent des lacunes. On accorde beaucoup d’importance à l’élection des femmes, mais bien trop peu à ce qui se passe ensuite. Une fois élues, les femmes subissent souvent des pressions pour se conformer aux positions de leur parti, sont victimes de harcèlement politique et social, et courent le risque de perdre tout soutien — financier ou autre — si elles s’écartent de la ligne officielle.
Pour y remédier, il faut un soutien continu :
- Un accompagnement qui se poursuit après les élections, et pas seulement avant.
- Des binômes mentor-mentorée durables entre des femmes expérimentées et des femmes nouvellement élues.
- Des réseaux de solidarité entre les partis, afin qu'aucune femme n'ait à assumer seule une position impopulaire.
- Protection contre le harcèlement, tant au sein des structures du parti qu'en ligne.
- Une véritable indépendance économique, afin que le retrait d'un soutien financier ne puisse pas être utilisé comme un moyen de contrôle.
Le quota a ouvert la voie, mais pour que celle-ci reste ouverte, il faut adopter une approche plus durable.
Le NIMD Burundi s'efforce de jeter les bases d'élections pacifiques et inclusives au Burundi en renforçant les capacités internes des partis politiques ; en consolidant le dialogue, existant ou naissant, entre les acteurs politiques sur des questions clés ; et en veillant à ce que les femmes et les groupes marginalisés disposent des moyens et de l'espace nécessaires pour influencer la vie politique. En savoir plus sur leur travail ici.